Régime national d’assurance-médicaments : Quand une solution à taille unique n’est pas à la hauteur

Affiché le 29 novembre 2018

Par Sarah Lussier Hoskyn

Dans le débat sur un régime national d’assurance-médicaments, on préconise fortement un système à payeur unique, financé par l’État. D’éminents universitaires ont soutenu cette approche, affirmant qu’un programme à large portée national— contrairement au modèle mixte actuel de programmes gouvernementaux et privés d’assurance-médicaments— est le meilleur moyen de rendre les médicaments plus abordables pour tous les Canadiens. Toutefois, comme l’illustrent deux rapports publiés la semaine dernière, ceux qui ont le plus de mal à payer pour leurs médicaments ont tendance à se regrouper en deux populations distinctes et font face à des défis bien différents. Une solution universelle à taille unique risque de toucher un seul de ces deux groupes de Canadiens aux dépens de l’autre – ou pire, de n’aider aucun des deux.

Selon le rapport publié récemment par l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS), les coûts des soins de santé augmentent dans tous les domaines. Le principal générateur de la croissance des coûts de médicaments, comme pour toutes les autres dépenses de santé, est le nombre grandissant de Canadiens atteints de maladies chroniques. Ce groupe est composé de deux populations clés distinctes. Le premier groupe est constitué d’un grand nombre de bénéficiaires (75 %) qui utilisent des médicaments à faible coût et représentent une part moins importante des dépenses totales du régime, tandis que le second représente une proportion beaucoup moins importante de bénéficiaires (5,5 %) qui utilise des médicaments plus coûteux et représente une part disproportionnée des dépenses totales du régime.

Dans une étude publiée dans le CMAJ la semaine dernière, le professeur Michael Law de l’Université de la Colombie-Britannique et son équipe ont également constaté que la majorité des 2,5 % des Canadiens qui ont emprunté de l’argent pour payer pour leurs médicaments utilisent des médicaments à faible coût. L’étude indique qu’il s’agissait de Canadiens plus jeunes aux prises avec plusieurs problèmes de santé chroniques et ayant un faible revenu disponible, ce qui les rend plus susceptibles de renoncer à d’autres besoins fondamentaux, comme la nourriture ou le loyer, pour payer leurs médicaments, en dépit de leurs dépenses personnelles relativement faibles à cet égard.

En plus de la peine qu’ils éprouvent à payer pour leurs médicaments, ces Canadiens vulnérables font face à un certain nombre d’autres défis, comme l’insécurité du logement et en alimentation, un accès limité aux opportunités d’emploi et aux soins de santé communautaires et holistiques pour le patient. Compte tenu de cette réalité, nous devons prioriser les options d’assurance-médicaments permettant de répondre aux besoins de ceux qui tombent à travers les mailles du filet de notre système actuel.

En ce qui concerne le deuxième groupe de Canadiens mis en évidence dans le rapport de l’ICIS, ceux qui ont besoin de médicaments plus coûteux, leur difficulté à assumer leur part des dépenses provient de circonstances bien différentes. Ces Canadiens souffrent de maladies complexes et parfois rares, qui nécessitent des traitements spécialisés très coûteux. Dans certains cas, le patient s’avère responsable d’une part substantielle du coût de ses médicaments avec son régime public ou privé d’assurance-médicaments. Les gouvernements, les assureurs privés et l’industrie mondiale des médicaments novateurs sont tous aux prises de savoir comment payer pour ces médicaments coûteux pour les patients qui en ont besoin. Au Canada, ceci présente une occasion de coopération et de dialogue immédiats entre les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux avec l’industrie. Les systèmes de santé au Canada doivent devenir mieux organisés et intégrés afin d’adresser le problème des médicaments coûteux et/ou traitant des maladies rares.

Il n’y a aucun doute que certains Canadiens ont de la difficulté à payer leurs médicaments requis et que le gouvernement a un rôle important à jouer dans la résolution de ce problème. Mais au fur et à mesure que nous en apprenons davantage sur les raisons sous-jacentes à ce problème, une solution universelle à taille unique ne peut résoudre en même temps deux problèmes très différents.

S’attaquer au problème de médicaments coûteux et médicaments traitant les maladies rares n’aidera pas les Canadiens à faible revenu qui n’arrivent pas à accéder des médicaments à faible coût pour les maladies chroniques courantes. De même, un régime national d’assurance-médicaments qui harmonise la couverture au plus petit dénominateur commun n’aidera pas ceux qui ont besoin de traitements coûteux pour alléger leur souffrance.

Si l’objectif d’un régime national d’assurance-médicaments est de créer de meilleurs résultats pour la santé de tous les patients, une approche ciblée est le moyen le plus pratique et le plus efficace d’améliorer la qualité de la couverture tout en abordant les dépenses personnelles pour ces deux populations distinctes.

Tous les Canadiens se doivent d’avoir un accès adéquat et opportun au choix des médicaments dont ils ont besoin pour maintenir et améliorer leur santé, peu importe leur revenu, leur âge, leur maladie ou leur code postal. Notre industrie est prête à collaborer avec les gouvernements et tout autre intervenant pour mettre en œuvre des modèles de financement et des caractéristiques de régime de couverture médicaments qui ciblent les Canadiens vulnérables n’ayant pas les moyens de payer pour leurs médicaments.

Sarah Lussier-Hoskyn est l’analyste supérieure chez Médicaments novateurs Canada.

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